J’évoquais récemment dans cet espace même les défis de taille qui attendent les petites entreprises de développement, et il est de plus en plus clair que ces PMEs vivent un moment charnière. Et il ne s’agit pas là d’un futur lointain. Mais bien d’un moment concret, que nous pouvons déjà entrevoir.
Si tu as trois minutes, regarde cette vidéo (c’est en anglais) :
L’intervenante y décrit comment, en à peine une demi-heure et suite à quelques échanges avec Claude, elle a réussi à créer un outil de gestion de projet dans la même veine qu’un Monday.com.
Elle précise évidemment que son outil ne bénéficie ni de l’ensemble des fonctionnalités enterprise, ni du niveau de sécurité d’une plateforme comme Monday, qui repose sur de longues années de développement, de tests et de support.
Pour autant, elle indique que le tableau de bord qu’elle à réussi à générer en quelques minutes est non seulement capable d’enregistrer des tâches, de leur attribuer un statut ainsi qu’une personne responsable, mais peut également se connecter à Gmail et intégrer des données d’un calendrier utilisateur.
Et tout ceci alors qu’elle n’est pas développeuse et ne sait pas coder.
Donc certes, il est bien précisé que ce genre de démonstration de tableau de bord ne constitue en rien un produit enterprise robuste. Mais pour beaucoup de petites et moyennes entreprises, ceci n’est pas forcément une considération.
Car ce que ces démos démontrent, c’est autre chose,
qu’il est désormais possible d’obtenir, en quelques heures ou quelques jours, un outil interne capable d’accomplir une mission précise :
- Un tableau de suivi
- Des statuts
- Des responsables
- Des intégrations de base avec un calendrier ou un compte email
Pour une PME, c’est souvent amplement suffisant. Surtout lorsque, commme je l’évoquais dans un récent billet, les budgets sont serrés.
Dans ce contexte, la comparaison avec des plateformes comme Monday est presque secondaire. Les petites sociétés de développement ne travaillent que rarement pour des Fortune 500. Elles développent plutôt des solutions sur mesure pour des structures locales, des équipes réduites avec des besoins concrets. Et c’est bien là que le bât blesse…
- Pourquoi engager une entreprise de développement pour un énième projet interminable ?
- Pourquoi dépenser des sommes considérables ?
- Pourquoi s’astreindre à des spécifications rigides, à de sempiternels allers-retours et à une dépendance sur la durée ?
Surtout lorsqu’il devient possible d’embaucher un profil plus junior, doté d’un minimum de compétences techniques, de lui donner accès à des outils IA, et d’obtenir en interne un logiciel « suffisamment bon », et ce, pour une fraction du coût.
Cela se dit d’ailleurs de plus en plus souvent : le danger n’est pas que ces solutions soient parfaites, mais tout simplement qu’elles répondent suffisamment à un besoin.
Et, hélas, elles le font de plus en plus souvent.
Rappelons par ailleurs que les solutions personnalisées ou les outils existants sur le marché font eux-mêmes l’objet de nombreuses critiques en entreprise et ne répondent pas toujours aux besoins réels des utilisateurs. D’où l’émergence du phénomène Shadow IT.
Les petits éditeurs ERP ont longtemps bénéficié d’un avantage clair : un logiciel de gestion était simplement trop complexe à gérer pleinement en interne, tant en termes de réalisation que de maintenance ou d’évolution. Et cela justifiait le fait d’avoir recours à des prestataires externes.
Si l’IA n’élimine pas complètement cette complexité, elle la rend bien plus accessible. Cette accessibilité est peut-être en partie illusoire, mais d’aucuns tenteront plus volontiers l’aventure que de devoir engager des frais importants sur le durée.
Une erreur ? Peut-être bien.
En effet, il faut bien être honnête, ces solutions relèvent aujourd’hui encore largement du bricolage et ne garantissent ni robustesse ni pérennité à long terme. Elles manquent de sécurité avancée, un point évidemment crucial.
Elles posent également la question de la gouvernance des données. Qui en est responsable ? Les implications légales peuvent être considérables, en particulier depuis l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur la protection des données (LPD).
Toutefois les petites structures ne se poseront pas forcément ces questions en un premier temps. Elles chercheront plus probablement à solutionner leurs problèmes informatiques par le bon vieux système D.
Dans ce contexte, l’enjeu réel pour les petits entreprises de développement n’est pas de nier cette nouvelle donne, mais simplement de reconnaître que leur cœur de marché est directement touché.
Si toute ta proposition de valeur repose sur le fait que développer un outil interne c’est long, cher et complexe, il faudra désormais savoir se montrer sacrément persuasif face à un client.
Mon cher ami, adapte-toi pour survivre à ce changement de paradigme.
Ce billet a été co-rédigé avec l’aide de ChatGPT pour structurer les idées et affiner la clarté.